17 Octobre 2017

Phobies scolaires : « Il faut passer d’une école de la compétition à une école de la coopération »

« L’école est le révélateur des difficultés sous-jacentes » des jeunes, soulignent la psychiatre Laelia Benoit et le chercheur François Taddei.

LE MONDE SCIENCE ET TECHNO Propos recueillis par Florence Rosier

 

Comment rendre l’école plus « inclusive », c’est-à-dire mieux adaptée aux besoins de tous les élèves ? C’est l’un des enjeux des travaux de Laelia Benoit, psychiatre pour enfants et adolescents et chercheuse à la Maison de Solenn-Maison des adolescents (hôpital Cochin) et à l’Inserm à Paris. François Taddei, lui, dirige le Centre de recherches interdisciplinaires (CRI), à Paris, consacré à la formation par la recherche et aux nouvelles manières d’apprendre. Il est le coauteur du rapport « Vers une société apprenante », remis le 5 avril 2017 à la précédente ministre de l’éducation nationale, Najat Vallaud-Belkacem.

Lire notre enquête :  Phobie scolaire : comment reprendre le chemin de l’école ?

Quel rôle joue l’école dans le développement d’une phobie scolaire ?

Laelia Benoit : Dans l’expression « phobie scolaire », les enseignants entendent d’abord le mot « scolaire ». Ils ressentent une critique de l’école, comme si c’était seulement à l’école de changer. Mais les causes des phobies scolaires sont multiples. Elles peuvent être liées à des problèmes familiaux importants : par exemple, quand un parent souffre d’une maladie chronique sévère, en cas de difficultés éducatives parentales… Ces phobies peuvent aussi être associées à des problèmes de harcèlement. L’école est le principal lieu de socialisation des élèves : elle est, en réalité, le révélateur de leurs difficultés sous-jacentes.

Comment l’école peut-elle mieux prendre en compte le problème des phobies scolaires ?

François Taddei : J’ai entendu de nombreux témoignages d’enfants en situation de phobie scolaire. Quand ces situations se dénouent favorablement, c’est que l’école a été à l’écoute de ces jeunes. Les équipes pédagogiques et enseignantes n’ont pas « mal pris » ces refus scolaires. Elles ont compris que cela pouvait arriver à tout le monde. Et qu’elles se devaient de trouver une solution, grâce un effort coordonné, associant aussi les parents et les psychiatres.

L. B. : Face à la phobie scolaire, il existe des formes d’organisations locales efficaces. Ainsi, quand un conseiller principal d’éducation s’entend bien avec les enseignants, l’infirmier, le proviseur… c’est tout un réseau qui se mobilise de concert. L’élève et ses parents circuleront mieux au sein de ce réseau, le temps de se sentir de nouveau en confiance.

Ces dénouements heureux sont-ils fréquents ?

L. B. : Les statistiques sont très rares. Mais on note des évolutions favorables, en termes d’attention portée à ce problème. Dans certaines académies, les médecins scolaires commencent à distinguer, chez les adolescents, différentes catégories de « décrochage scolaire » [terme utilisé par l’éducation nationale pour désigner l’abandon des études secondaires avant l’obtention d’un diplôme et qui regroupe un panel de situations bien plus large que les seules phobies scolaires]. Le décrochage vient-il d’une dépression ? D’un refus scolaire anxieux ? D’une autre cause ? Jusqu’ici, ces sous-catégories n’existaient pas.

Comment rendre l’école plus « inclusive », mieux adaptée aux besoins de tous les élèves ?

Fr. T. : La France a fait des progrès : elle accueille plus facilement qu’hier des enfants en situation de handicap. Mais d’autres pays, comme le Canada, savent rendre les écoles plus inclusives que nous. Ils essaient vraiment d’inclure tout le monde, y compris des enseignants handicapés.

L. B. : Une école inclusive peut être un des meilleurs vecteurs de mise en confiance d’un jeune en difficulté. Rendre l’école plus inclusive, cela passe d’abord par une meilleure formation des enseignants. Ceux-ci déplorent souvent, dans leur formation, l’indigence de l’enseignement sur la psychologie de l’enfant et de l’adolescent…

Ne faudrait-il pas repenser le système scolaire ?

L. B. : Si. Il faudrait en repenser l’architecture, revoir les méthodes pédagogiques et les emplois du temps. Par exemple, en créant des classes de petits effectifs, en évaluant les élèves sur leurs compétences et leur travail collectif, leurs capacités à s’entraider – plutôt que sur un travail en compétition. Une nouvelle organisation des tables, dans la classe, pourra permettre aux élèves de mieux circuler et d’échanger. Dans certains collèges, des enseignants ont déjà choisi de travailler ainsi, et leurs élèves en bénéficient.

Fr. T. : A l’opposé de la phobie scolaire, il y a le bien-être scolaire. Un des meilleurs prédicteurs du succès scolaire, c’est le bien-être des élèves et des enseignants. On pourra être d’autant plus exigeant que l’on sera bienveillant. Si je suis bienveillant à votre égard, vous accepterez plus facilement ma critique constructive, qui vous aidera à progresser. Mais si je suis exigeant sans être bienveillant, vous serez stressé et ne parviendrez pas à progresser.

L’éducation nationale n’a-t-elle pas entamé un tournant ?

L. B. : Longtemps les initiatives sont restées marginales. On créait quelques écoles privées hors contrat, avec des méthodes pédagogiques alternatives. Aujourd’hui l’éducation nationale connaît une mutation profonde, dans certaines académies. En Bourgogne, par exemple, les décideurs soutiennent des projets novateurs. Ils programment d’ouvrir des écoles publiques fondées sur le modèle que prône Jérôme Saltet, dans son livre Changer le collège, c’est possible ! (cosigné avec André Giordan, PlayBac, 2010). Son modèle ? Un collège très communautaire, avec un encadrement souple. Dans ce lieu de vie, on « apprend à apprendre ». Les élèves ont une certaine autonomie dans le choix des matières qu’ils suivent. Mais ils devront, au final, acquérir un panel de compétences. Autre innovation : la répartition des temps d’enseignement. Pour les savoirs théoriques, l’enseignement se rapproche des cours à l’université. Pour les savoirs pratiques, il ressemble à l’apprentissage, avec un accompagnement personnalisé, en petits effectifs.

Fr. T. : Quand on sait écouter l’ensemble des acteurs – jeunes compris – on arrive à des systèmes qui correspondent mieux à chacun, et qui sont plus efficaces. Les pays comme le Canada ou la Finlande ont mis l’accent sur ces dimensions : ils obtiennent de meilleurs résultats scolaires que nous dans les classements internationaux. Au fond, il faut passer d’une école de la compétition et du contrôle à une école de la coopération et de la confiance.

Quid des motivations des élèves à apprendre ? De ce qui fait sens dans nos vies ?

L. B. : Quand on interroge les ados sur les matières qu’ils préfèrent, beaucoup citent les (travaux personnels encadrés (TPE). Sur un sujet qu’ils ont choisi, au croisement de plusieurs disciplines, ils travaillent en petit groupe, avec des amis qu’ils ont choisi, pour aboutir à une réalisation (dossier écrit, expérience scientifique, vidéo, représentation théâtrale…). Ils font une recherche très active, apprennent à se réguler au sein du groupe, construisent quelque chose à partir de rien. Avoir une idée et la faire fleurir : c’est extrêmement satisfaisant. On en revient à des choses très fondamentales, dans le bien-être humain.

Fr. T. : Il existe trois manières de donner sens à sa vie. Faire des choses avec ceux qu’on aime ; faire des choses créatives ; et faire des choses qui ont un impact au-delà de nous-mêmes. Ces trois points s’appliquent à l’école. Pour le premier, il a été montré que lors du passage de 3e en 2de, l’élève réussira d’autant mieux qu’il a conservé au moins un ami du collège. Le succès des TPE illustre le deuxième point. Quant au troisième, les jeunes peuvent désormais s’engager dans de nombreux projets associatifs, y compris à l’école, comme les « Bâtisseurs de possibles »…

Au final, quelles seraient pour vous les priorités éducatives ?

L. B. : Elles font écho aux trois manières de donner sens à sa vie, citées plus haut. Apprendre avec ceux qu’on aime, tout d’abord. L’enjeu est d’encourager un climat de cohésion au sein de la classe, qui permette aux élèves de se sentir bien et d’être acceptés, mais aussi qui soit favorable aux apprentissages. C’est l’alliance de la bienveillance et de l’exigence, toujours. Second point : être créatif. Il s’agit de favoriser des apprentissages portés sur la construction de projets. Cela demande de revaloriser les enseignements pratiques : un travail de la terre, une technique, la production d’un dessin, un codage… Dernier point, faire des choses qui nous paraissent utiles au-delà de nous-mêmes. C’est essentiel. L’objectif est de former des jeunes capables de relever les grands défis sociétaux à venir, d’avoir des idées que nous n’aurions pas eues et de travailler ensemble. Or le schéma actuel d’enseignement, par disciplines, ne favorise pas cette vivacité d’esprit ni ce travail collaboratif.

Fr. T. : Plutôt que de poursuivre la compétition sur les savoirs d’hier, inviter chaque élève à coopérer, pour construire sa vie et les savoirs de demain.

Etes-vous optimiste pour l’avenir de notre école ?

Fr. T. : Oui. J’ai rencontré de très nombreux acteurs du système éducatif, des jeunes au ministre, en passant par les chefs d’établissement et les inspecteurs. Tous se rendent compte que le monde a changé bien plus vite que l’école. Elle doit évoluer pour faire face à de nouveaux défis. Les élèves ne sont plus ceux d’hier, ils apprennent différemment. Il faut donc enseignerdifféremment. Le constat est partagé, même si le débat sur le comment et sur le pourquoi persiste.

Mais le « mammouth » ne reste-t-il pas très difficile à mouvoir ?

Fr. T. : Les questions sont plutôt : cherche-t-on à imposer la réforme d’en haut ou à accompagner le changement sur le terrain ? Met-on le développement professionnel des enseignants au cœur de ces réflexions ? Leur permet-on de monter en compétences, de s’impliquer dans des projets de recherche, de faire des choses innovantes avec leurs élèves ? Et les forme-t-on pour cela ? De nombreux enseignants souffrent du système actuel, avec un nombre conséquent de dépressions.

L. B. : Il y a énormément d’initiatives locales qui demandent à être mises en lumière.

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29 Mai 2017.

Le bac de français dans quelques semaines, les grandes vacances, et une grande résolution : « L’an prochain, je veux retourner au lycée pour faire ma terminale ».

Ce désir, c’est la première petite victoire de Léa, 16 ans, l’une des premières élèves accueillies au Cours Singulier, cette toute petite école pas comme les autres, ouverte depuis 3 mois dans le quartier des Invalides (VIIe).

Dans ces classes de 7 ou 8 élèves maximum, avec emploi du temps aménagé aux rythmes de chacun, ils sont pour l’instant une vingtaine de « décrocheurs », qui réapprennent doucement à ne plus détester l’école. Inscrits au centre national d’enseignement à distance (Cned) mais guidés par des enseignants « capables de s’adapter aux élèves » et non l’inverse, ces jeunes retrouvent une sérénité et le goût du travail, qu’ils avaient parfois violemment perdu dans leur établissement classique, jusqu’à s’en rendre malades.

Porté par une association reconnue d’intérêt général, le Cours Singulier parisien ouvre ses inscriptions pour la rentrée de septembre (renseignements par mail contact@cours-singulier.org), et s’attend à doubler le nombre d’élèves… Lire la suite
Par Elodie Soulier


Le Parisien : Ouverture d’un établissement pour élèves en décrochage scolaire.

Ouverture d’un établissement pour élèves en décrochage scolaire par Elodie Soulié

 

 

” Un quartier paisible, aéré et ponctué de pelouses entretenues, en plein cœur de Paris. Le 20 février, c’est dans ce cadre plutôt cossu des Invalides (VIIe), dont la coupole dorée s’élève en toile de fond, que les premiers élèves du Cours Singulier poseront leurs sacs de collégiens. Et avec leurs sacs, leurs angoisses et leur mal-être d’adolescents victimes de phobie scolaire. Tous sont des « décrocheurs » que l’école traditionnelle a rendu malades, pour des raisons parfois concrètes comme le harcèlement, une précocité mal perçue, ou parfois enfouies et plus difficiles à « décoder », mais toujours douloureuses.

Au Cours Singulier, les classes n’excèdent pas 8 élèves, les journées durent en moyenne 4 heures, l’emploi du temps est ultra-personnalisé, et le décor ressemble à tout sauf à l’école...Lire la suite

 

 


Le Cours Singulier sur RMC

Interview de la présidente des Cours Singulier, Dominique Dureux par Roselyne Bachelot  dans “100% Bachelot”

Sur le thème de la phobie scolaire Roselyne Bachelot porte son intérêt sur les solutions de l’association Cours Singulier pour les élèves en décrochage scolaire… Ecoutez l’intégralité de l’émission :

 


Yvelines Première : Reportage du 3 Mars 2017 par Clément Lannuque

REPORTAGE : LA PHOBIE SCOLAIRE SUR LES BANCS DE L’ÉCOLE, AU PECQ

REPORTAGE : C’est une pathologie qui touche 1% des élèves. La phobie scolaire. Précocité, stress ou anxiété, les symptômes sont divers mais ils touchent chaque année près de 100 000 collégiens et lycéens. Pour y remédier l’association « le Cours Singulier » propose au Pecq une alternative à la pédagogie que l’on connaît.

 


M6 – Le journal télévisé du 6 Novembre 2016. 

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La classe de seconde de l’ecole du Cours Singulier

 

Le journal télévisé de M6 a consacré un reportage sur l’association Cours Singulier et son école. “L’école même plus peur”, l’établissement du Pecq se consacre à l’accueil d’adolescents victimes de phobie scolaire. Un phénomène qui touche de plus en plus de jeunes.


LCI & Vous: La phobie scolaire.

Dominique Dureux en tant que directrice de l’association Cours Singulier est l’invitée de l’émission LCI & Vous, dont le sujet est la phobie scolaire. Elle y explique le contexte dans lequel s’inscrivent les adolescents à l’école du Pecq. Un des rares établissement à répondre aux attentes de parents souvent désemparés par les difficultés de leurs enfants pour se rendre à l’école. Une émission qui expose les causes, les conséquences et les solutions à apporter à ce phénomène qui touche de plus en plus de jeune.

Que faire en cas de phobie scolaire ? Quelques réponses dans ce reportage.

LCI et Vous invite le Cours Singulier sur le thème de la phobie scolaire.
LCI et Vous invite le Cours Singulier sur le thème de la phobie scolaire.

Le Parisien – 30 septembre 2016 : “A l’école de ces élèves… qui ne supportent pas l’école.”

le_parisien_cs_sep_2016Le Parisien – 30 septembre 2016 : “Enfin, je recommence à vivre.”

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Prestige et Santé

21 Février 2017 :

UN COURS QUI A FAIT SES PREUVES

Le Cours Singulier existe depuis 2010 au Pecq dans la banlieue ouest de Paris. Très vite l’Association, reconnue depuis peu d’Intérêt Général, a vu le nombre d’inscriptions augmenter de façon exponentielle l’amenant à ouvrir un deuxième lieu toujours dans la même ville. Une méthode qui fait ses preuves, puisque les résultats au baccalauréat étaient pour l’année 2016 de 87%… Lire l’article complet

Organisation Mondiale de la Santé 

Impression

14 MAI 2014 | GENÈVE – Le rapport de l’Organisation mondiale de la Santé sur la santé des adolescents dans le monde (Health for the world’s adolescents) révèle que la dépression est la principale cause de maladie et de handicap chez les garçons et les filles âgés de 10 à 19 ans.

Le rapport complet de l’O.M.S


6401425d-44bd-4276-8146-791169683126-100Garçons ou filles, très bons élèves ou un peu moins bons, bosseurs ou refusant de faire leurs devoirs, angoissés à l’idée d’aller à l’école ou d’obtenir une mauvaise note, timides, dans la lune ou hyperactifs… De la maternelle aux études post-bac, ces enfants ont un point commun : l’école leur fait peur.

« C’est allé très vite, j’étais en classe de 5e. Plusieurs copines se sont liguées contre moi et ont commencé à m’insulter, à m’envoyer des messages de menaces sur mon téléphone et sur MSN. Pendant trois mois, j’ai trouvé des excuses pour ne pas aller au collège. Au début, j’inventais que j’avais mal à la tête et mal au ventre, mais petit à petit, je le ressentais vraiment. »

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Le Figaro Madame

« La phobie scolaire est une expression commode pour prendre en considération l’angoisse des écoliers et la différencier d’un simple caprice, mais elle recouvre des situations extrêmement variées, qui ont toutes un point commun : la souffrance », introduit le docteur Marie-France Le Heuzey….

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Le nouvel Obs

 1% à 3% des enfants seraient victimes de phobie scolaire, un trouble qui se caractérise par le refus d’aller à l’école. Aurélie en fait partie. À 25 ans, elle a passé la majeure partie de sa scolarité chez elle, à suivre des cours par correspondance. Cette année, elle a décidé de reprendre le chemin de l’école. Un véritable défi pour cette jeune femme qui panique à l’idée d’aller en cours. Témoignage.

L’article complet